C’était un petit matin frais et brumeux. Le vent fracassait les vagues contre les rochers. Des rouleaux d’eau salée venaient s’étaler sur la plage, laissant une lignée d’écume, et se retiraient sans bruit. Au loin, une pelleteuse déplaçait le sable pour dégager la route.

Il était encore tôt. Les premiers touristes s’attablaient à la terrasse du café, peu nombreux, parfois un bonnet sur la tête. Et elle, petit bout de femme, huit ans peut-être, dix tout au plus, avait décidé d’apprendre à surfer. Ce jour-là ou depuis longtemps, allez savoir.

Son père est là aussi, souriant, encourageant, confiant dans sa réussite. Inlassablement, elle se couche sur sa planche, elle pagaie des deux mains dans l’eau glacée, affronte et dépasse les premières vagues, puis elle se redresse. Son père, dans l’eau jusqu’à la taille, maintient la planche jusqu’à ce que la fillette trouve son équilibre. Alors, elle tend un bras vers le bord, accroupie, campée sur ses deux pieds, mais elle tombe à la première secousse. Aussitôt, elle recommence, se dirige vers le large et se remet debout.

À chaque essai, elle progresse, elle reste en équilibre un peu plus longtemps, glisse sur l’eau et s’approche un peu plus du bord. Son sourire est éclatant, comme si elle montait l’escalier du paradis. Lorsque la planche s’arrête sur le sable, elle saute sur ses pieds et trépigne de joie. L’eau gicle autour d’elle. Son père, au loin, lève les bras au ciel en signe de victoire, puis la rejoint au bord, lui tape dans la main, complice, et l’enjoint à se retourner face aux vagues.

Déterminée, persévérante, le souffle des femmes la traverse, le souffle de celles qui ont fait bouger les lignes ou renversé des interdits, pour que, dans nos pierres et dans nos os, rien ne soit figé à jamais, pour que la liberté de faire ses choix, de faire éclater ses rêves, soit permise à chacune et chacun, avant qu’il ne soit trop tard.

Oui, elle sera prête pour un nouvel été. Quand ses grands cousins reviendront sur le littoral, l’œil moqueur et la blague condescendante, elle leur montrera de quoi elle est capable, peut-être même que c’est elle qui restera debout le plus longtemps… Elle fendra les vagues comme la mouette sait fendre l’azur.

 

Écrit en avril 2025
sur une proposition d'Ecriture créative
demandant d'intégrer ces titres de livres dans un texte :
Le souffle des femmes / Fendre l'azur / Un nouvel été / L'escalier du paradis /
Dans nos pierres et dans nos os / Avant qu'il ne soit trop tard